Sans Père est une nouvelle écrite par Mirline Pierre, éditrice, écrivaine et critique littéraire. Cette nouvelle est issue du recueil de nouvelles collectif Des hommes et des ombres, publié en octobre 2018 par les éditions Legs.

L’histoire est racontée par une narratrice, jeune femme qui n’arrive pas à faire son deuil après la mort de sa mère, il y a dix ans. Elle refuse de vivre avec ce manque et ce vide dans lequel elle se trouve depuis qu’elle a découvert sa mère morte dans son lit, en rentrant du travail. Accueillie par le silence et le calme de la maison, elle se dirige sans dire un mot vers la chambre de sa mère, puis la rejoint, corps froid et yeux sans vie. La narratrice raconte cette histoire dix ans après pour revivre les moments heureux qu’elle a passés avec sa mère.

Dans «Où va la nouvelle», Yanick Lahens définit la nouvelle comme une esthétique du temps court, c’est-à-dire une histoire qui se déroule rapidement avec une seule intrigue, par opposition au roman qui est une esthétique du temps long, avec une histoire qui peut avoir plusieurs intrigues et s’étendre sur une longue période. Sans Père est l’exemple parfait de cette logique d’esthétisation de la brièveté. La nouvelle ne fait que six pages et ne contient que trois personnages plats, c’est-à-dire des personnages anonymes et fragmentaires, qui évoluent dans un seul espace qui se duplique parfois pour prendre d’autres formes pendant la narration. Les personnages sont la narratrice, Simone (mère de la narratrice), Didier (amant de la narratrice) et le père, une figure d’absence par excellence dans l’histoire. L’espace est la maison de la narratrice, située aux États-Unis.

Cette nouvelle peut interpeller le lecteur sur plusieurs points tels que la mort, l’absence, l’amour, la condition de la femme et la dignité, pour ne citer que quelques exemples. La lecture plonge le lecteur dans un bassin rempli de bons souvenirs, de vide et de manque également. La narratrice a grandi sans son père, qu’elle n’a jamais vu, même pas sur une photo. «Mon père. Je n’ai pas de grand souvenir de lui, sinon la voix cassée de mère qui s’efforçait parfois de se montrer autoritaire en jouant au père», avoue-t-elle. Son plus grand mal est la mort de sa mère, qu’elle ne peut pas ou ne veut pas oublier pour des raisons qui la dépassent. «Voilà plus de dix ans que ma mère est morte. Dix ans depuis que le soleil ne se lève plus sur ma vie et que ses rayons n’entrent plus dans ma chambre» (p. 95). En opposition au père, la mère est une personne responsable, tranquille, douce, souriante et sournoise. C’est un regard qui est toujours là, une étreinte et des habitudes qui rendent d’abord la narratrice la plus heureuse, mais qui la rendent malheureuse aussi par son absence.

En conclusion, Sans Père est une nouvelle touchante et émouvante qui explore la complexité des relations familiales, l’absence et le deuil. La narratrice, une jeune femme qui a perdu sa mère, se débat avec son chagrin et son désir de maintenir la mémoire de sa mère vivante. La nouvelle soulève également des questions sur la figure paternelle, souvent absente ou négligée dans la littérature haïtienne. Mirline Pierre a su utiliser l’esthétique de la nouvelle pour nous plonger dans un univers intime et personnel, offrant ainsi une perspective unique sur l’expérience humaine. En somme, Sans Père est une lecture captivante qui peut toucher tous les lecteurs, qu’ils aient connu ou non une situation similaire dans leur vie.

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