À toi petit frère des mots et des douleurs.

Quel poème peut dépasser l’absence ? Comment trouver les mots pour exprimer la douleur qui nous envahit lorsque la personne que l’on aime n’est plus ? Quel mot peut se hisser à la hauteur de cette «Capitale de la Douleur» qui nous reste. Tu n’iras donc pas jeter des fleurs sur le Pont-rouge, mais peut-être que tu pourras nous apprendre à pardonner au malheur et continuer à vivre malgré tout, malgré le vide, malgré la douleur qui «prend nos mains sur mesure». Tu as laissé des traces et des silences, des silences en parenthèses du bruit, et des cris. Des cris qui se perdent dans le vide. «Les mots sont fous» et tristes. Ils sont incapables de traduire toute notre peine, et la plénitude de notre chagrin. Je me demande ce que tu es devenu. Est-ce que tu es devenu une petite étoile des vapeurs ou seulement une rue comme tu as toujours rêvé d’être? C’est-à-dire une longue rue qui mène jusqu’à la naissance du collectif.

Il n’aurait fallu qu’une balle qu’on juge perdue pour que tu partes, pour que tu nous laisses seuls. Pourquoi appelle-t-on cela une balle perdue ? Ce n’est pas la balle qui est perdue, c’est toi mon frère. Ce n’est pas la balle qui est perdue, c’est ton âme, ton sourire, tes gestes, tes mots qui nous accompagnent toujours, tes bras qui étaient notre refuge. C’est tout cela et plus encore que l’on ait perdu. La balle n’est pas perdue, elle est restée là, dans ton corps, dans tes tripes. Et nous sommes là à nous demander si c’est ainsi que les hommes meurent. Sans précédent? Sans promesse? Sans parole? Subitement? Tu aimais tellement ce poème qui retrace les «itinéraires zéro» d’une balle dans un corps. Maintenant, c’est toi qui es parti avec cette balle à même ton souffle. Toi qui cherchais toujours le mot juste pour nommer les choses, quel mot as-tu laissé échapper de tes dents ? Qu’as-tu pensé avant de partir ? As-tu eu le temps de penser à nous, à tout ce que tu laisses derrière toi, ton fils qui est une promesse de longue absence ? Dis-moi frérot. On dit que l’on ne meurt pas en silence, mais ton absence est assourdissante. Je me souviens de ton regard exclamatif, de ton rire, de ta «bouche usée» qui a tant parlé, tant ri. As-tu ri comme la mort rit dans nos lits ?

Tu as toujours voulu être une virgule, pas un point. Tu as pensé que les points étaient trop prétentieux. Tu ne voulais qu’être une virgule pour voguer, voyager, partir et revenir avec les mots, et à travers les mots. Autrefois, je pensais que tu étais deux points pour ta grande ouverture d’esprit, pour ta générosité, et parce que ta vie était pleine de promesses et d’espérances. Tu n’avais pas voulu devenir autre chose qu’une virgule flottante qui ponctue nos textes de rires et de gestes. Et, malheureusement, voici venu ton temps de devenir l’éternelle virgule bleue que nous allons partager à toutes les petites rivières assoiffées. Et à ce soleil que tu as pris le temps de nous offrir. Voici venir ton temps de devenir une absence. Une virgule en suspens. Une pause interminable. Pendant ce temps-là, nous restons à attendre, à chercher les mots, à imaginer que tu es toujours là, quelque part, à nous regarder… Donne-nous de la force…

Evens DOSSOUS

3 réponses à « Aucune balle n’est jamais perdue… »

  1. Avatar de Djimitry Julien
    Djimitry Julien

    La façon dont tu décris ce drame n’est pas seulement émouvante mais elle est aussi captivante que succulente. Tchab vit et vivra toujours… il laissera ses traces comme coriolan Ardouin…
    Merci Evens

  2. Tchad etait un camarade exemplaire pour moi. Les souvenirs de ce grand homme ne laissent pas même pour une seconde. Les rêves de Tchad sont perdus par une pretendue balle perdue.

  3. Tchad etait un camarade exemplaire pour moi. Les souvenirs de ce grand homme ne laissent pas même pour une seconde. Les rêves de Tchad sont perdue avec une pretendue balle perdue.

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