I
Dans ta faiblesse immense
tu polis ta misère belles façades
ville parmi ordures
tu es un psaume d’oubli
tu chantes déroute
pour quelques hommes
qui se taisent
tu allumes des fanaux
pour éviter à tes épaves
de renaître

Dans ta voix de ville
combien de cadavres
te servent de notes
combien de rues étranglées
te servent de souffle
tu invites au rouge
sourire de gyrophare
saison suicide des oiseaux mouches
du lieu silence
où nous nous asseyons
sous tes pas
d’autres hommes transformés
en pierres
ou béton debout
réclament le fil à coudre
de ton chant liberté
II
O poème
tu ne peux pas mourir
dans la rature des hommes
inventant des pirogues
à contourner l’espace
il y a tellement d’îles
qui habitent tes yeux
ton corps est une passerelle
pour les oiseaux mauves
Ô chanson
tu ne peux pas mourir
Quand le vent ne porte plus
sa chemise d’aube
nous avons désappris à aimer
comme un soleil qui tombe en ruine
Ô mon Coeur
tu ne peux pas mourir
absence d’urgence
pour des papillons en panne
la rue n’a de règles
que les tombes qu’elle érige
au nom des étoiles
simple parabole infaillible
Ô liberté
tu ne peux pas mourir
III
Tu allumes mon Coeur
pour te créer un boulevard
de paroles amnésiques
je te laisse ma main
pour quais
tes yeux papillons bleu
ont fui Saint-Jean
Nous nous peuplons
d’arbres sèches
par le retard des pirogues
remuent remuent
vagues
pour reconstruire cette île
qui manque à ma main
IV
A ma Mère
De ville en ville
accrochés au déchet cuisine
je redis ton nom symbole
de fil à coudre pour homme
à blessure côté gauche
je ne porte de pas
sans ton battement
harmonie de soleil
qui naît
Vocabulaire du vide
où ton corps est
mon souffle de poème
debout
je t’aime
comme une chanson
à dérégler la pluie
Février Gertrude-Hugh, extraits de Peine à revendre (à paraître,2023)





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