Je ne te connais pas, toi à qui cette lettre est adressée – ou devrais-je dire que je ne connais pas ton nom. Mais je sais qu’on saura, toi, moi et les autres auxquel.le.s tu l’auras lue, se reconnaitre dans les failles qui nous traversent et le vide qui nous unit. J’ai la certitude que nous traversons les mêmes douleurs et buvons le même vertige. Si tu lis cette lettre, c’est que comme moi, tu n’es que fragments entassés de l’âme que tu devrais être.
Je t’écris depuis une terre qui n’est pas mienne, mais c’est avec les blessures ma terre natale que je t’écris. Je t’écris depuis un ciel gris, mais c’est le soleil de la terre natale qui me brule à l’intérieur. Tous les soleils ne sont pas les mêmes. Je t’écris de la même hésitation dont je suis né, d’un marmottement semblable à celui de l’enfance. Dommage que l’enfance nous soit arrachée, la jeunesse aussi, l’espoir aussi.

Crédit : ha11ok de Pixabay

Je ne sais plus pourquoi je m’adresse à toi, toi que je ne connais pas, toi qui ne me connais pas. Je ne sais plus pourquoi je m’adresse à toi, toi qui souffres, comme moi je souffre. Si tu lis cette lettre qui, d’ailleurs n’en est pas une, c’est que nous sommes sous le même déluge, âmes délaissées. Les mêmes pluies nous délavent et les mêmes eaux nous emportent, toi et moi, toi qui ne me connais point, toi que je ne connais point.

Cette lettre n’en est pas une, elle commence comme elle va se terminer, au milieu des souffrances et des lots d’incertitudes. Cette lettre n’en est pas une, c’est un acte de folie : la quête d’une oreille que les cris ont déjà prise d’assaut ; la quête d’un œil que les larmes ont déjà submergé. Mais si tu lis quand même ces lignes, dis moi si tu arrives à compter les failles qui nous unissent, toi et moi, toi qui ne me connais pas et moi qui ne te connais pas. Dis-moi si tu sais où es passée l’enfance. Pas la tienne. Pas la mienne. Je veux dire l’enfance que tout humain devrait préserver en lui, je veux dire cette naïveté de rêver comme toi tu rêvais, comme moi je rêvais. Si tu lis cette lettre, ne retiens pas ta voix, elle est cassée comme la mienne l’est. Elle est cassée comme notre terre l’est. Et si tu la lis aux autres, lis-la à voix haute. C’est la cassure de ta voix qu’iels entendront, puisqu’au fond, comme toi et comme moi, toute âme liée à cette terre est en miettes.

Je ne sais plus pourquoi je t’écris, les raisons sont aussi nébuleuses que la vie. Le sang qui coule touche à plus de mains, vivre devient écarlate. Je ne sais plus pourquoi je t’écris, mais le monstre est en train de gagner. Les blessures de la terre se rependent jusque dans les âmes des anges. Si tu n’arrives pas à lire cette lettre à cause de ta voix brulée, sache que l’angoisse dans ta gorge n’est plus et peut-être les rayons du soleil se sont propagés dans recoins de nos blessures.

Je ne te connais pas, toi à qui cette lettre est adressée – ou devrais-je dire que je ne connais pas ton nom. Mais je sais qu’on saura, toi, moi et les autres que tu l’auras lue, se reconnaitre dans les failles qui nous traversent et le vide qui nous unit.

Rick de L’île

One response to “Mais si tu lis quand même cette lettre…”

  1. …. puisqu’au fond, comme toi et comme moi, toute âme liée à cette terre est en miette?
    Quelle terre? Notre Haïti ou notre planète??

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